Tout  Sur Moi

Mon oeuil

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Stéphane PETIT né le 22 mars 1939 à Alger, le 8ème d'une famille de 9 enfants
Retraité depuis 1999 à La Rochelle
Marié avec Catherine Gufflet depuis 1967
5 enfants : 2 garçons, 3 filles
15 petits-enfants.

La Rochelle le 11 janvier 2006

Carrière professionnelle très variée, enrichissante sur le plan humain, moral et créatif.

Je n'ai pas été un bon élève, l'école n'a jamais été un lieu où j'ai pu me réaliser pleinement et surtout découvrir mes qualités et mon potentiel. Ce n'est pas l'école qui m'a formé et surtout à avoir confiance en moi. Quand je dis l'école, je ne pense pas aux "Roches" en particulier, mais je suis reconnaissant pour les acquis d'éducation et de culture des sept années au sein de cette école sans oublier les relations de camaraderie.

Mon père, Saint-Cyrien, héros de Verdun, grand officier de la Légion d'honneur, homme exceptionnel, m'a profondément influencé sur la rigueur morale que l'être humain se doit d'avoir sur les orientations de sa vie professionnelle ou privée.

Mes frères aînés ont tous été des officiers, le plus âgé est mort pour la France en Italie en 1944. Ma soeur aînée engagée volontaire dans l'armée de Leclerc a débarqué sur le sol de France en août 1944. Croix de guerre avec palme, médaillée militaire, chevalier de la Légion d'honneur… J'arrête là, la liste, car mes frères ne sont pas en restes de décoration et faits d'armes.

Si je parle de ma famille, moi le 8e avec sept ans de moins que le frère qui me précède, c'est pour expliquer le choix que j'ai fait en 1957 après mon échec au bac. Je n'ai pas voulu redoubler et en accord avec mon père je me suis engagé dans l'armée et j'en ai pris pour 5 ans, car je ne pouvais pas ne pas être militaire ! C'était une obligation. Mon frère François mort pour la France a eu ces derniers mots avant de mourir : "Dans notre famille nous servons." Phrase qui a toujours raisonné dans mon esprit et qui raisonne encore…

Élève sous-officier à Saumur pendant un an je suis allé en Algérie. J'ai servi comme chef de groupe dans un commando que l'on appelait à l'époque "Commando de chasse". Nous étions trois cadres d'origine française pour environ 60 harkis ou supplétifs. C'était un groupe très autonome (beaucoup trop, mais c'est une autre histoire) commandé par un adjudant-chef corse et ancien d'Indochine. Un vrai chef de bande ! J'ai été décoré de la croix de guerre.

Expériences de la guerre. Expériences des hommes. Expériences des horreurs de la guerre. À ce sujet et après une très longue réflexion, mes idées sur cette période sont claires. Il y a des guerres qui peuvent être justes ou justifiées et malheureusement nécessaires. Il y a des guerres injustes et inutiles. Pour le Peuple d'Algérie qui se battait pour son indépendance, de leur côté la guerre était juste, malheureusement du nôtre, elle a été une erreur. Et l'Histoire le prouve.

Mais juste ou injuste la guerre déshumanise… Quant aux horreurs de la guerre je ne vais pas ici en parler, mais j'ai là aussi des réflexions qui me trottent dans la tête…

J'ai préparé le concours de l'EMIA le "petit Saint Cyr." Reçu à l'école militaire de Strasbourg, j'y passe quatre trimestres scolaires. J'y retrouve Yves Legenne ancien des Pins. Un autre Rocheux Norbert Schmitt des Pins nous y avait précédés l'année précédente.

C'est à l'issue de ce temps passé à Strasbourg que je décide de revenir à la vie civile. Novembre 1963, sans formation particulière, sans inquiétude et sans beaucoup d'argent en poche, la vie civile s'ouvre devant moi.

Je commence un parcours atypique que je ne regrette pas, même si les obstacles ont été à certaines périodes difficiles et douloureux : Photographe, développement couleur, photos gravures, sélection des couleurs… Puis Vendeur de l'Encyclopédie Britannica en anglais.

Novembre 1964 je suis embauché par Claude Bich fils aîné de Marcel Bich le créateur de la pointe Bic. Directement sous la coupe de Claude Bich, ancien camarade des Pins décédé aujourd'hui.
Je suis chargé de la mise au point de la fabrication de la bille en carbure de tungstène qui devra équiper tous les crayons Bic dans un avenir le plus rapproché possible. La société a signé un accord de conseil avec une entreprise du Luxembourg spécialisée dans la métallurgie des poudres.
Une très grande aventure pour moi ! Je ne connais rien de cette technologie et je n'ai jamais été un bon élève en mathématique et autre sciences. Mais chez Bic, on embauche des gars comme moi, sans connaissance technique ni expérience industrielle. Mais sûrement doué pour la "cuisine".

Je passe dix ans dans cette société avec une réussite professionnelle dont je suis fier et cela dit en toute modestie. Très bien payé, très bien considéré, l'avenir est tout tracé.

En 1973 et après plusieurs missions techniques de premier plan au sein de l'entreprise, Claude Bich me propose de prendre la direction de l'usine de Montreuil. Ok, mais je commence à subir les pressions très particulières de la "méthode Bic", pressions qui jusqu'à présent ne me touchaient pas trop, j'arrivais à protéger plus ou moins le personnel directement sous ma coupe. Mais là, en tant que futur patron de cette usine je devais appliquer les "méthodes Bic" concernant le personnel. Méthodes scandaleuses d'intimidation et tout le reste… Chez Bic on payait très très bien et "ferme ta gueule" ! L'argent peut tout faire faire… Je ne pouvais pas en conscience accepter cette philosophie d'entreprise, m'étant engagé en politique à gauche et dans des mouvements progressistes chrétiens. Je suis donc entré en conflit ouvert avec Claude Bich. Nous nous sommes affrontés très durement. J'ai gagné la partie… mais j'ai quitté la Société le cœur très lourd… sachant bien ce que je perdais sur le plan de l'intérêt de mon travail et du salaire important que je recevais.

Parler de cette période, de l'expérience humaine et technique que je qualifie d'extraordinaire pour un "non-ingénieur comme moi" demanderait un trop long moment. Merci quand même à Marcel Bich de m'avoir fait confiance pour réaliser avec succès les missions confiées. Beaux souvenirs belles aventures…

Novembre 1974, je suis chômeur.

Mars, avril, mai 1975 je passe trois mois au Comptoir Lyon Allemand Louyot, ancienne société qui regroupe des entreprises spécialisées dans la transformation des métaux non ferreux (or argent cuivre nickel), elle est dirigée par un polytechnicien qui décide de m'embaucher, car il a été séduit par ma vision originale (celle que j'ai appliquée chez BIC) pour la conduite et l'amélioration des ateliers de fabrication.

Trois mois ont suffi pour savoir que je n'étais pas fait pour ce genre d'entreprise aux méthodes surannées et puis surtout je ne suis pas un ingénieur, je n'ai pas de règle à calcul dans la tête, je suis un bidouilleur, un observateur empirique, je mets l'imaginaire en avant, je n'ai pas peur du changement, enfin cela ne pouvait pas coller. Commander à des techniciens obtus et des ingénieurs très ingénieur, très accrochés à leurs certitudes… Finalement, je n'ai pas plu… Déception, car il y avait beaucoup à faire.

Je décide de racheter une petite entreprise de service et là, je commets une grave erreur de jugement et d'analyse, même si j'avais demandé conseil auprès de personnes soi-disant averties ! On est toujours responsable de ses choix.
Catastrophe, c'est la période la plus noire de ma vie. Pour faire court, j'ai mis de l'argent et ma personne en tant que gérant dans un bourbier juridique et financier. La société était entièrement véreuse et la compta falsifiée… augmentation de capital bidon et j'en passe… les anciens gérants aux abonnés absents. La société avait des procès en cours que j'ai dû affronter tout seul. L'homme intègre, le scrupuleux quant aux règles de gestion que j'ai toujours voulu être a été condamné en justice. Horrible souvenir d'un naïf aux pieds d'argile, pris au piège, j'ai payé pour les escroqueries de mes prédécesseurs qui eux avaient des prête-noms ou étaient tout simplement introuvables. J'ai liquidé l'affaire.

Soulagé, mais "fauché" je me suis retrouvé sur le pavé mais pas abattu. Sans chômage.

Je tiens à dire que la chance de ma vie c'est ma femme Catherine (qui comme moi garde de cette période des souvenirs douloureux) elle a été en permanence un soutien sans faille. En 1976 nous avions cinq enfants, le dernier avait un an, ma femme ne travaillait plus depuis notre deuxième enfant. Elle avait été kinési. Elle s'est mise à garder des enfants et à faire des boulots de phoning. De mon côté, étant habile de mes mains, j'ai commencé à faire des travaux à droite et à gauche pour des amis ou des membres de la famille. Au bout de trois mois, j'ai décidé de régulariser mon job en me déclarant comme artisan à la chambre des métiers de Paris.

Et voilà une autre aventure qui commence.

Seul j'ai appris et pratiqué tous les métiers du bâtiment : peinture, enduit, plâtrerie, maçonnerie, électricité, plomberie, carrelage, pose de tissus au mur, etc.… menuiserie et même charpente. Rien ne m'arrêtait, seul au début, puis aidé par mon épouse pendant quelques mois. J'ai finalement constitué une petite équipe de compagnons.

En 1982, étant attiré depuis toujours par la création, j'ai petit à petit orienté ma société vers la création et la fabrication de mobiliers, luminaires, objets contemporains décoratifs. J'ai créé toute une gamme de produits avec mon propre design ainsi qu'avec la collaboration de jeunes designers, architectes, décorateurs…
Là encore, j'ai tout appris seul avec mes méthodes, un travail acharné d'observation et d'essais empiriques. Une idée surgissait et me voilà en route pour la mettre en œuvre. Tout n'a pas été une réussite commerciale, souvent dans les salons d'exposition et commerciaux j'obtenais un réel succès d'estime.
Mes produits ont eu une certaine réussite commerciale, Boutique Danoise entre autres. Après l'embauche d'un commercial que j'ai gardé 18 mois, mes fabrications étaient achetées par les magasins ou décorateurs très facilement. Mes produits ont été placés au Canada, en Suisse, au Luxembourg. Le décollage était-il pour demain ? J'y croyais !

Les réassorts ne se faisaient pas suffisamment régulièrement, les produits plaisaient, mais se vendaient peu… On me disait qu'il fallait être patient, que mes fabrications s'imposeraient forcément un jour.
J'ai vendu pour l'hôtellerie et les salles de restaurants. La création de mobilier sur mesure, de meubles divers au dessin unique. La réalisation de très beaux modèles et surtout la satisfaction de mes clients m'encourageaient à tenir le coup.

Mais mon entreprise manquait de fonds propres, mon C.A. ne progressait pas assez vite, surtout il ne décollait pas. À cette époque le taux du crédit était très élevé et l'achat de machines sophistiquées ont pesé lourd. Les frais financiers, les impayés et tout le reste ne m'ont pas permis de résister assez longtemps. Mes espoirs se sont écroulés et j'ai passé une période de déception très pénible.
En 1989 je me suis donc retrouvé seul pour réorienter mon activité sur la menuiserie du bâtiment et avec une équipe restreinte, j'ai tenu tant bien que mal pendant dix ans. La partie noble de mon activité était devenue secondaire, mais en réalisant du sur mesure et de temps en temps des créations originales et uniques, je garde malgré tout un bon souvenir de cette période.

En 1999 j'ai pris ma retraite à La Rochelle avec mon épouse pour une autre vie active et passionnante… Loin des soucis de l'entreprise.

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