REMARQUES ET RÉFLEXIONS


Je me permets ici de mettre mon grain de sel sur cette "page" de l'histoire de France qui à coûté à mon père ses étoiles de général.

Je sais que certains dans ma famille et d'autres personnes (civile, militaire et politique) n'ont pas compris l'attitude de Jean Petit, colonel commandant le 1er RTM au cours des évènements des 8, 9, 10 novembre 1942 à Port Lyautey, Maroc.

Je publie ici une lettre que je transmets sans nommer son auteur, à vous de juger.

Général (CR) D........, Promotion "Alexandre de Yougoslavie" -1934-1936-

Mon général,

C'est en qualité d'ancien du 1er Régiment de Tirailleur Marocain auquel j'ai eu l'honneur d'appartenir de fin 40 à fin 45 que j'ai pris la liberté de vous adresser ces lignes :

J'ai en effet lu avec plaisir l'article récent du Casoar, consacré à la carrière du colonel Petit qui commandait le régiment en 1942.
J'ai cependant été un peu surpris de n'y trouver aucune allusion aux évènements dramatiques de novembre 1942. Ils ont pourtant eu de graves répercussions tant sur la suite de notre colonel que sur la vie du régiment.
Le colonel Petit héros de la guerre de 14/18, plein d'enthousiasme et de dynamisme à la rigueur moral exemplaire était admiré de tout le régiment. Il s'y efforçait de son mieux avec les pauvres moyens de l'époque de préparer à Port-Lyautey, le tirailleur à de futures hostilités.
Le 8 novembre 1942, le régiment fut alerté brusquement de nuit à la suite du débarquement, totalement inattendu des forces américaines. Il reçut comme mission impérative après un certain flottement du commandement de rejeter immédiatement les éléments qui venait d'être mis à terre à Médhia, plage de Port-Lyautey.
Le colonel Petit se trouva ainsi confronté au conflit qui opposait son sens du devoir à ses sentiments et comprit aussitôt les graves et douloureuses conséquences des mesures qu'il devait prendre pour accomplir sa mission. Les décisions prises ne furent pas contestées, car pour les cadres du régiment l'obéissance aux ordres des chefs légitimes était un devoir absolu, indépendant des sentiments personnels. Dans cet ordre d'esprit, il est à noter qu'après les combats nous n'avons constaté aucune manifestation notable de ressentiment de la part des éléments de rangers ou de la 3e division US, débarquée à Médhia et restée à proximité pendant plusieurs semaines. Bien au contraire, et j'en suis témoin des liens de camaraderie voir d'amitié ne tardèrent pas à s'établir entre les cadres des ex-adversaires. Le commandement supérieur américain demanda par la suite et obtint la désignation du colonel Petit comme chef de l'importante mission de liaison franco-américaine auprès d'un corps d'armée américain puis de la 7e armée US qui débarqua en Provence.

Dans ces conditions le souci bien compréhensible de minimiser les souvenirs de cette douloureuse période n'aurait pas dû, à mon avis, aller jusqu'à faire disparaître de la carrière du colonel Petit une attitude conforme à l'honneur militaire et admise à l'évidence même par ses ex-adversaires. Il ne faudrait pas non plus qu'un tel souci risque de nous faire oublier un jour le tragique sacrifice que leur sens du devoir a imposé à tous nos camarades.
Je ne souhaite certainement pas raviver, si peu que ce soit, les divergences d'appréciation qui depuis ont pu se manifester sur ces évènements. C'est pourquoi mon général je vous demande de ne considérer cette lettre que comme tout à fait personnelle. Elle n'a comme objet que de vous faire part de la manière de voir d'un modeste témoin de cette époque difficile.

Veuillez je vous prie, mon général accepter l'expression de mon respectueux dévouement.

Signé D...........Le 7 février 1998

À l'occasion du décès de Jean Petit, la presse nationale publia quelques articles concernant sa carrière. TF1, Le Monde, Nice-Matin, Marianne, sont muets sur ces évènements historiques, j'ai même entendu dire dans un discours élogieux qu'il avait accueilli les Américains au Maroc en novembre 1942....

La Rochelle le 3 janvier 2011

Il y a une semaine, sont venus dîner à la maison, Thiérry Bonne, contre amiral à la retraite, petit-fils de Jean Petit, accompagné de son épouse et de trois de ses enfants. Au cours du repas la conversation se fit sur les évènements tragiques de novembre 1942 et en particulier sur l'attitude prise par mon père. Énième discussion...le devoir militaire, obéir désobéir ?

Ne jamais oublier de se situer à l'époque des faits !

Je conclus en rappelant que mon père n'était pas un politique. Il ne voyait en Pétain que le vainqueur de Verdun. Son jugement a toujours été brouillé par cette admiration sans bornes...

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