1855 - Naissance vie et mort de la maison Piel - 1939

ART NOUVEAU


L'Art nouveau, malgré sa relative brièveté, fut un mouvement extrêmement novateur qui marqua profondément le XXe siècle. Il se forma en réaction contre l'historicisme de la fin du XIXe siècle et le rationalisme de l'ère industrielle, et connut vers 1895 une ascension irrésistible, suivie d'un déclin tout aussi rapide dans les années précédant la Première Guerre mondiale. Ce mouvement, dont le style se caractérise notamment par des lignes tout en courbes et en volutes et une thématique souvent florale et onirique, prit différents noms selon les pays - Jugendstil en Allemagne et en Autriche, Modern Style en Angleterre, Stile Liberty en Italie, Modernismo en Espagne, Style Nouille en France et fit l'objet de multiples interprétations. L'Art nouveau a été animé par des artistes, artisans et architectes tels que Émile Gallé, René Lalique et Hector Guimard en France, Victor Horta et Henry Van de Velde en Belgique, Louis Comfort Tiffany aux États-Unis, Charles Rennie Mackintosh en Angleterre, Josef Hoffmann en Autriche ou encore Antoni Gaudi en Espagne.

Plus beau que le vrai

"Le faux est plus beau que le vrai", disait Coco Chanel, pasionaria du bijou fantaisie pour lequel elle ouvrit son premier magasin en 1924 et qui soutenait, provocante, que "rien ne ressemble à un bijou faux comme un très beau bijou. Pourquoi s'hypnotiser sur la belle pierre ? Autant porter un chèque autour du cou".
Voici donc les tenues des défilés "haute couture" éclairées de boucles d'oreilles, de colliers, de sautoirs ou de tours de cou, de bracelets de fantaisie - "pas de bagues ! C'est une tradition en haute couture, la bague est un symbole, celui des fiançailles ou du mariage" - et ce malgré les moqueries des joailliers.

"Il faut rendre hommage à Alexandre Piel, président de la Chambre syndicale des faussetiers qui, dès le début du siècle, soutenait que le bijou doit suivre la mode, être en matériau non précieux et tendre à devenir une chose d'art".

claude.larcin@skynet.be

PHOTOS BIJOUX PIEL


"Qu'il nous soit cependant permis de vous féliciter du bel exemple que vous avez donné par l'œuvre que vous avez accomplie l'œuvre dont la genèse nous reporte à bien des années en arrière, puisqu'en 1837, à la suite de circonstances très douloureuses pour vous et les vôtres, la disparition subite du chef de la famille, vous étiez obligé d'apprendre un métier, et de heurter vos doigts bien frêles encore, les doigts d'un enfant de neuf ans, au contact de l'acier si dur et parfois si rebelle à recevoir l'empreinte de la pensée."

Alexandre Piel le fondateur de la Maison piel
Paul Piel


Je veux rendre hommage et sortir des profondeurs de l'oubli l'œuvre accomplie par mon arrière-grand-père maternel Alexandre Piel, puis poursuivie par son fils Paul Piel mon grand-père, que j'ai connu dans ma prime jeunesse et à qui je consacre quelques lignes dans mes souvenirs.

Si je me penche sur ces deux personnages, la raison en est simple. Comme eux j'ai essayé d'entreprendre dans le domaine de la création. (Mobilier, luminaire, art de la maison). Ma réussite n'est pas comparable à la leur, mais là n'est pas mon propos. Il est dommage que la mémoire de cette aventure créative et industrielle soit aujourd'hui oubliée et si peu reconnue aussi bien dans ma famille qu'en France, où nos musées et bibliothèques ont gardé peu de traces des fabrications de la "Maison Piel" contrairement à d'autres pays.

Après de longues recherches sur internet, dans des publications, ainsi que les dons de documents gardés ici et là dans les placards de certains descendants d'Alexandre et de Paul Piel. J'ai collationné un nombre important de photos et d'image de modèles de bijou qui couvrent près de cent années pendant lesquelles la création artistique fut si inventive et généreuse.

Napoléon III, Modern Style, Art Nouveau, Art Déco…

En septembre 1853 Alexandre Piel artiste graveur et bijoutier d'art, crée avec son confrère Ernest Nanteau la société Piel et Nanteau.

En 1873, il est le premier président de la "Chambre syndicale de la bijouterie imitation, bijouterie dorée, acier, écaille, petits bronzes, etc., et des industries qui s'y rattachent", située 10, rue de Lancry. Il est présenté alors comme bijoutier en doré établi 79, rue du Temple. En 1881, Lami signale les notables progrès que Piel a fait faire au doré . C'est aussi l'année de la création d'une École Professionnelle gratuite, sis rue Chapon dans le 3e arrondissement.

La "Maison Piel", fabrication et diffusion de bijoux de fantaisie artistique, s'installe au 31 rue Meslay à Paris en 1873.

Paul Piel à sa sortie du collège de Mesnières-en-Braye près de Neufchâtel en 1879 entra comme son frère aîné avant lui dans la fabrique familiale. Il suivit cependant tous les matins les cours de l'École des Arts Décoratifs. Quatre fois par semaine l'après-midi, il faisait des travaux pratiques dans les ateliers de son père.
Son frère Charles avait une nature d'artiste. Il était bon et généreux et se faisait facilement des amis. Mais il avait été toujours faible de caractère, il manquait de volonté et de persévérance. Déjà au collège des Mesnières il s'était montré indiscipliné. Plus tard à Paris au lieu d'aller tous les matins suivre régulièrement les cours de dessin et de modelage à l'École des Arts Décoratifs, comme son jeune frère Paul, il préférait, avec des amis plus ou moins bien choisis fréquenté assidûment le Quartier Latin.

En janvier 1892, Alexandre Piel s'associe ses deux fils Charles et Paul pour un fonds de fabrication et de vente de la bijouterie en imitation, en argent, et des objets qui s'y rattachent. Le sculpteur Gabriel Stalin en est le directeur artistique.

L'entreprise fait sensation lors de l'exposition Universelle de Paris en 1900 en proposant une collection de bijoux à la fois élégant et peu coûteux.
Dans leurs bijoux, l'ivoire sculpté était remplacé par un nouveau matériau synthétique : le celluloïd, tandis que le cuivre remplaçait l'or. La critique admit ces substitutions dans la mesure où elle permettait de réaliser des bijoux de qualité à des prix abordables. Les bijoux de la "Maison Piel" étaient souvent plaqués ou émaillés, ce qui représentait une difficulté technique dans le cas d'application sur le cuivre et l'argent. Les dessins étaient excellents et sont demeurés célèbres notamment dans le domaine des boucles et accessoires pour la haute couture, dont une en forme de plume de paon en plaqué et émail qui son reproduites dans la revue de La Bijouterie en 1901. Déjà présente à l'exposition de 1897 elle obtient un premier prix à celle de1900.

En 1905 - L'entreprise emploie une cinquantaine de personnes. Elle fête son cinquantenaire.

En 1914 - Charles se retire de la société "Piel Frères" et à partir du 1 avril 1914 laisse Paul seul à la tête de la société.

En 1916 - Extrait du bulletin officiel du syndicat général du commerce et de l'industrie.

"Le syndicat vient de faire une nouvelle perte douloureuse en la personne d'Alexandre Piel, ancien vice-président du syndicat.
Un de ses plus anciens et dévoués représentants. Il fut un de ces artistes appliquant l'art à une des industries qui font la réputation incontestée dans le monde par ses créations sans cesse renouvelées.
La "Maison Piel" remporta sous son habile impulsion les plus hautes récompenses dans les expositions internationales. La renommée de sa maison est continuée par son fils Paul, que ses collègues ont appelé à la présidence de la chambre syndicale qui se distingue parmi celles se préoccupant le plus de l'enseignement professionnel. L'école de la bijouterie fantaisie, dont le défunt fut l'un des fondateurs est une de celle qui rend le plus de service à l'industrie."

Mes oncles Jacques et Xavier ont travaillé dans la société. J'ai le souvenir de mon oncle Xavier me racontant qu'il allait à l'étranger, avec une valise contenant les nouvelles collections de bijoux et d'accessoires pour la femme afin les présenter aux maisons de Haute Couture.

À la fin des années 30, la guerre qui gronde et bientôt présente sur le sol de France précipite la fin de cette belle aventure... Mon grand-père liquida la "Maison Piel et fils" et vendit le stock de bijoux ! L'acquéreur fit fortune pendant la guerre ? C'est ce que j'ai entendu dire dans la famille...


BANQUET DU 20 JUIN 1907


Le 20 juin dernier, la Maison Piel Frères célébrait le 50e anniversaire de sa fondation.
À cette occasion, les ouvriers et employés réunis offrirent à M. Alexandre Piel et à MM. Charles et Paul Piel, ses fils et successeurs, une coupe commémorative.
Le soir, un banquet réunissait, au restaurant Lavenue, tout le personnel de la Maison, sous la présidence d'honneur du vénérable fondateur qui porte allègrement son grand âge.
Y prenaient part : Mme Brègre et Barthélémy, assises au centre de la table aux côtés de M. Alexandre Piel, qui présidait; MM. Charles et Paul Piel, en face, ayant à droite et à gauche, Mlle Marguerite Killias et Mme Court; à la suite, MM. Couanon, G. Stalin, Killias, Henry, Hugueny, Rogier, Porthault, Tisserand, A. Bouhert, Julhe, Ygou, Plessis, Blondel, Schaeener, Eug. Lemée, Suss, Courtois, Trouillet, Taphanel, Derivry, Chanot, Maria, Paul Douay, M. Pichot, Penwen, Delpouve, Bourdon, Victor Basset, Gouin, Bourdeaux, Paul Denise, Drouin, Gombert, Roblot, Van Gyseghem, Vasseur, Georges Bertrand, Georges Châtelain, Capron, Durand fils, Wera, Rivière, Gaston Vaudois; les apprentis Ch. Arnould, Chaudron et Marcel Peteaux, étaient placés à un bout de la table tandis qu'à l'autre extrémité se trouvaient MM. René, Jacques et Jean Piel. MM. Agnès, Chartier et Durand, malades, s'étaient excusés.

La table magnifiquement dressée offrait un coup d'oeil charmant et ne cessa d'être animée par la plus franche et la plus vive gaieté.
Les deux fils aînés de l'un des chefs actuels de la Maison assistaient à cette fête, en sorte que les trois générations s'y trouvaient représentées.
Au champagne, une allocution prononcée par G. Couanon, 1er contremaître, au nom des ouvriers, employés et collaborateurs, retraça la carrière toute de travail, d'art et de probité de M. A.Piel, ancien Président de la Chambre syndicale de la bijouterie imitation et fantaisie en tous genres et l'un des principaux fondateurs de l'École professionnelle gratuite de dessin.
La coupe, véritable objet d'art, œuvre de M. G. Stalin, dessinateur sculpteur, attaché à la Maison, fut ensuite présentée, et, c'est en termes émus et qui partaient du cœur, que le vénérable fondateur remercia les promoteurs de celle fête de leur gracieuse, attention.
MM. Piel frères qui avaient été également associés aux félicitations, en raison de la part importante qu'ils ont prise à la période cinquantenaire, répondirent aussi en termes très élevés et très chaleureux, remerciant les uns les autres de leur collaboration longue, intelligente et dévouée.
Puis les verres furent levés, les souhaits les plus cordiaux furent exprimés.
À l'occasion du trentième anniversaire de son entrée dans la Maison, comme employée comptable, Mme Brègre fut particulièrement fêtée et reçut de MM. Piel une fort jolie plaquette en argent.

Une Société de Secours Mutuel ayant été fondée la veille dans la Maison, le Secrétaire trésorier, M. Vasseur, prit la parole, et, au nom de tous, offrit à M. Alexandre Piel, qui l'accepta volontiers, la présidence d'honneur de cette Société naissante.
Un fort joli concert suivit. Plusieurs ouvriers et employés, artistes musiciens. MM. Killias, Pichot, Kayser, Denize, se partagèrent le programme avec M. Arnold-Deligat, et MM. Paumier, Lucien de Gerlor, Piloir, excellents artistes de Paris, auxquels les auditeurs par leurs applaudissements et leurs éclats de rire firent un réel succès.
En somme, fête charmante tout empreinte de cordialité et de sympathie, dont chacun gardera un excellent souvenir.

Discours prononcé par M. G. Couanon
au nom des ouvriers, employés et collaborateurs

"Cher Monsieur,

C'est dans un sentiment de cordiale solidarité qu'à la date du cinquantenaire de la fondation de votre Maison, les membres qui, à des titres divers, en composent le personnel, ou collaborent à ses travaux se sont unis pour vous offrir ce témoignage de leur haute estime et de leur vénération profonde.
Si, en vous offrant celle coupe commémorative nous étions investis d'un mandat officiel, nous serions charmés de nous étendre sur les phases successives de votre carrière commerciale et surtout artistique, mais en cette soirée tout intime, notre mandat qui ne saurait être que familial, est forcément limité, et d'autre part, nous savons que la modestie qui régla toujours votre vie, s'alarmerait de longs et élogieux développements.
Qu'il nous soit cependant permis de vous féliciter du bel exemple que vous avez donné par l'œuvre que vous avez accomplie l'œuvre dont la genèse nous reporte à bien des années en arrière, puisqu'on 1837, à la suite de circonstances très douloureuses pour vous et les vôtres, la disparition subite du chef de la famille, vous étiez obligé d'apprendre un métier, et de heurter vos doigts bien frêles encore, les doigts d'un enfant de neuf ans, au contact de l'acier si dur et parfois si rebelle à recevoir l'empreinte de la pensée.

De cette œuvre si vaillamment soutenue par vous pendant plus d'un demi-siècle, les récompenses qui vous ont été justement accordées, de même que les nombreux spécimens laborieusement gravés par vous et religieusement conservés par vos successeurs, portent un éclatant témoignage.
Votre Maison, dont la réputation s'étendait non seulement en France, mais dans tous les pays où les ouvrages artistiques sont en faveur, était devenue, grâce à votre direction paternelle, une de celles qu'une locution pittoresque et populaire, mais très juste et très sensée a qualifiées de Maison du Bon Dieu, on y entrait bien accueilli, et l'on en sortait.... lorsqu'on le voulait bien.
Et, en effet, comme pour justifier cette qualification de Maison du Bon Dieu, nous voyons ce soir, rassemblés autour de vous, un bon nombre de ces dévoués auxiliaires qui, dans la Maison Piel, comptent 15, 20, 30 années et plus de bons et loyaux services.
Mais votre sollicitude, toujours en éveil au dedans, trouvait encore moyen de rayonner au dehors, et c'est dans une pensée très heureuse par ses résultats, et socialement digne de toutes les louanges, que vous fondiez cette École de la Bijouterie, restée toujours florissante, où après les occupations de leur journée professionnelle, les jeunes élèves reçoivent de maîtres éclairés, les conseils pratiques destinés à les mieux armer en face des exigences toujours croissantes de l'Industrie artistique.
Laissez-nous vous féliciter aussi, parce qu'il nous a semblé que cela vous serait particulièrement agréable, d'avoir trouvé dans vos deux fils, de dignes émules et de hardis continuateurs de vos efforts ; par eux, votre nom a vu grandir son prestige, et après vous, ils ont contribué à consolider au-delà des mers la renommée de notre chère et glorieuse Industrie française. C'est à ce titre qu'en les associant à nos félicitations, nous avons tenu à leur offrir un exemplaire de cette coupe où le très sympathique artiste qui en est l'auteur a si habilement reproduit leur effigie en face de la vôtre. En y adjoignant l'épée de Jeanne d'Arc, la vaillante Lorraine à laquelle votre ramifie s'honore d'être alliée par le sang, il a résumé dans une synthèse charmante, le commencement par le labeur, la continuité prospère sous l'égide de ce glorieux symbole dont vous avez l'ail la marque de votre industrie, puis l'achèvement dans la paix du cinquantenaire de votre maison. Enfin, et c'est par ceci que nous aimons à conclure, laissez-nous vous féliciter de posséder, malgré les luttes de la vie, ce que le sort n'accorde qu'à un petit nombre do ses élus : une pensée toujours lucide, dans un corps sur lequel le temps semble n'avoir exercé aucun de ses ravages habituels. Puissiez-vous, cher Monsieur, conserver longtemps encore cette harmonie de la pensée et du corps si précieuse à l'époque du recueillement de la vie. Entouré de votre nombreuse et édifiante famille.
Puissiez-vous voir se succéder, à côté de générations nouvelles d'ouvriers et d'employés qui continueront l'œuvre de vos débuts, une génération nouvelle de petits-fils destinés à les diriger : et, c'est notre souhait le plus sincère, puissiez-vous, pendant de longues années, apparaître de temps en temps au milieu de nous avec, au front, cette auréole si bien méritée par vous, du double patriarcat de la famille et de l'atelier".

Salve d'applaudissements

Discours de M. Alexandre Piel

"Mesdames et Messieurs,

C'est sous le coup d'une bien vive émotion que je prends la parole, voulant avant tout, vous remercier personnellement des éloges que vous venez de m'adresser. C'est un hommage dont je suis très fier, très touché et, comme vous le voyez, très ému. Ces souvenirs de ma vie passée que vous venez d'évoquer, les efforts et les résultats rappelés et appréciés par vous, sont pour moi une récompense d'une haute valeur. Et cela, d'autant plus que maintenant je ne suis plus rien. Vous venez d'avoir la délicatesse de me dire que j'avais été quelque chose et "pie j'avais bien rempli ma tache. Je vous le répète, je suis très fier de votre témoignage et je vous en remercie bien affectueusement.
Mesdames, Messieurs, vous avez eu une pensée bien touchante en nous offrant, en souvenir de la fondation de la Maison PIEL, une charmante coupe, petit chef-d'œuvre de goût et d'exécution, qui reproduit nos trois portraits réunis, et symbolise ainsi l'heureuse union qui a toujours existé entre le fondateur et ses enfants. Cette Maison, fondée il y a plus d'un demi-siècle et dont les commencements furent assez difficiles est aujourd'hui, grâce à mes successeurs et aux intelligents collaborateurs qu'ils out su choisir, en pleine prospérité. Les récompenses obtenues par mes fils aux diverses expositions, en France et à l'étranger, en sont une preuve et prouvent la sincérité de mes paroles. Je vous demande pardon de parler ainsi de mes enfants, de la Maison qu'ils dirigent avec une réelle expérience et un gout artistique incontesté. Aussi, je vous le dis tout bas (entre nous) il me semble qu'ils n'ont pas été récompensés comme ils le méritaient J'ai cru comprendre que vous pensiez de même, et que, par un sentiment de justice et de générosité tout en fêtant le demi-siècle de la fondation de la Maison vous aviez voulu leur offrir cette coupe non seulement comme un témoignage de vos sympathies, mais aussi pour les récompenser vous-mêmes, je vous en remercie pour eux, pour moi et pour la famille tout entière qui s'en trouvera très honorée. Je lève mon verre à l'union que représente le magnifique souvenir de la fondation de la Maison Piel, à votre santé à tous Mesdames et Messieurs."

Chaleureux applaudissements .

Discours de M. Charles Piel

"Mesdames. Messieurs, chers Amis,

Vous n'en doutez pas, je suis, comme mon père, profondément sensible à tant de sympathie et de cordialité. Je vous dois les plus vifs remerciements cl c'est de tout coeur que je me plais à vous les exprimer.
Mon frère vous dira tout à l'heure les sentiments que nous inspire celle fêle du travail et de l'atelier, dont le caractère intime et familial rappelle, à plus d'un d'entre nous, celle qui nous réunissait une première fois, il y a déjà 21 ans lors de la promotion de notre cher et vénéré père dans l'ordre de la Légion d'honneur.
Vous savez combien mon frère et moi nous sommes toujours d'accord, c'est donc tout entier et sans réserve que je m'associe au fond et à la forme des paroles qu'il vous adressera. J'ai d'ailleurs, pour ma part, un devoir très doux à remplir. En effet, par une heureuse coïncidence, ce n'est pas seulement le cinquantième anniversaire de la fondation de celle maison que nous avons à célébrer, nous ne saurions oublier qu'il y a trente ans révolus, en 1877, Me Bregre entrait en qualité de comptable chez notre père.
Il me serait agréable de vous dire tout le bien que nous pensons d'elle et je le ferais volontiers, si je ne craignais de blesser sa modestie.
Nous sommes doublement heureux de fêter à la fois ces deux anniversaires.
C'est avec joie que nous rendons un hommage mérité à son dévouement comme à celui de ceux d'entre vous qui, avant elle, nous ont donné 30 années et plus de leur collaboration.
En souvenir de ce trentième anniversaire, chère Madame, permettez-nous de vous remettre cette plaquette que nous vous demandons de considérer comme le sincère témoignage de notre estime et de notre gratitude.
Nous regrettons vivement de n'avoir pu obtenir pour vous, dès cette année, la médaille du gouvernement, mais, nous l'espérons, cette récompense ne vous sera pas refusée l'année prochaine.
Je lève mon verre en votre honneur, chère Madame; je bois en même temps aux anciens, nos vieux amis Tisserand et Porthault que nous sommes heureux de revoir et de posséder aujourd'hui; enfin, je bois, bien entendu, à vous tous sans exception et sans oublier les absents que malheureusement le mauvais état de leur santé a tenus éloignés de nous."

Applaudissements répétés

Discours de M. Paul Piel

"Mesdames, Messieurs, ou plutôt, mes chers Amis,

Mon père vient de vous exprimer en quelques mots l'émotion bien naturelle qu'il éprouve ce soir en présence des témoignages de respect, d'estime et de sympathie dont il est l'objet de votre part, ainsi que mon frère et moi-même, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la fondation de la maison.
Après lui, mon frère vous a adressé ses chaleureux remerciements en réponse aux sentiments si élogieux et si touchants exprimés par votre éloquent interprète. Permettez-moi d'y joindre l'expression de ma vive gratitude et de vous redire, à mon tour : merci à tous.
Ce fut l'un de vous qui eut, un jour, la pensée de célébrer cet anniversaire. Sans se préoccuper si la date en était plus ou moins précise, il s'ouvrit à vous de son projet; et nous le savons, vous avez accueilli tous avec empressement sa généreuse initiative.
Rien ne pouvait nous émouvoir davantage dans cette manifestation que cet accord, si complet, si unanime de tous nos collaborateurs, s'unissant ensemble pour nous offrir une coupe commémorative dont l'exécution égale par le talent la composition si délicate et si artistique.

Aussi, saisissons-nous, mon frère et moi, cette heureuse circonstance pour adresser nos sincères félicitations à l'excellent artiste qui, depuis huit ans, traduit nos idées avec une intelligence, avec une habileté, que nous apprécions toujours davantage.
Grâce, du reste, à tous nos efforts réunis, c'est-à-dire au concours de tous, nos modèles conservent ce caractère artistique, auquel nous tenons avec une légitime ambition, parce qu'il a fait, de tout temps, le bon renom de notre maison.
Cette coupe, souvenir tangible et durable, demeurera dans notre famille comme le témoignage inaltérable des liens étroits qui nous unissent.
Vous m'excuserez si, amené tout naturellement à prendre la parole dans cette réunion, j'en profite pour vous parler à cœur ouvert.

Rassurez-vous, je serai aussi bref que possible.

Laissez-moi vous dire tout d'abord que si nous sommes profondément touchés de cette chaude sympathie que vous nous témoignez et que nous partageons, nous en sommes d'autant plus heureux qu'elle nous fournit l'occasion de mieux connaître vos sentiments, qu'elle nous permet d'entrer en contact plus intime avec vous et qu'enfin, elle a rendu possible cette véritable fête du Travail et ce repas de famille pris en commun qui rappelle d'une façon touchante les vieilles coutumes de notre ancienne France patriarcale. Voici plus de cinquante ans que notre vénéré père, artiste graveur, s'établissait fabricant bijoutier. Il y a déjà près de trente ans, mon frère et moi devenions ses élèves et plus tard, ses associés. Enfin, il y a une douzaine d'années que nous lui avons succédé.
Avec lui, nous formons seulement deux générations au cours de ce demi-siècle d'existence de notre maison. Est-il besoin d'ajouter que nous ne songeons pas à cesser les affaires et à nous croiser les bras de si tôt ?
En effet, on ne connaît guère dans notre industrie la maxime si fort en honneur chez les financiers et dans quelques commerces privilégiés : s'enrichir rapidement.... Qu'importe, la ruche est laborieuse et dans les maisons comme la nôtre, où le travail est honoré comme le premier des devoirs, où le chômage est à peu près inconnu, où la vie est toujours active, on peut ne pas s'enrichir, mais en tout cas on y vit.
Notre père y a élevé une très nombreuse famille, vous savez que nous suivons son exemple et, avec nous, autour de nous la ruche ne vous fait-elle pas vivre aussi vous et vos familles ? Puis, au dehors, il en est de même de tous ceux qui travaillent indirectement pour notre maison, d'un bout de l'année à l'autre, chez les auxiliaires dévoués et fidèles comme nos amis Hugueny, Rogier et Henry, qui se sont si volontiers associés à votre manifestation, et dont la place, à tant de titres, est bien à cette table avec nous tous.

Est-il besoin de le dire ? Certes, nous aimerions que des résultats plus fructueux répondissent aux efforts et aux sacrifices que nous ne cessons de faire pour le développement toujours plus grand de nos affaires.
Nous souhaiterions d'autant plus y réussir que le succès nous permettrait, selon notre plus cher désir, d'améliorer plus rapidement et plus largement la situation de tous et de chacun de ceux qui sont associés à nos travaux.
Quoi qu'il en soit et vous le savez bien, tout ce qui vous touche nous intéresse. Nous ne sommes indifférents ni à vos joies ni à vos peines matérielles ou morales.
Vouloir être de bons patrons, c'est une ambition généreuse assez répandue, mais qu'il est assez rare, parait-il de le réaliser. Serait-ce nous faire illusion de penser que nous sommes de ces derniers ? Au surplus, s'il est vrai de dire que les bons patrons font les bons ouvriers et les bons employés, la réciproque est non moins exacte; et je me plais à proclamer que vous nous rendez notre tâche facile.
Nous avons, d'ailleurs, conscience, n'est-il pas vrai, de faire, les uns et les autres, notre devoir de notre mieux.
On dit souvent qu'il n'est pas toujours aisé de connaître son devoir et que celui des patrons, en particulier, est parfois difficile à discerner.
Cela est vrai, peut-être quand l'estime, l'affection, et la concorde n'unissent pas, comme chez nous, patrons et employés dans un commun idéal de travail et de prospérité.
Pour vous, votre devoir ne vous est-il pas clairement tracé ? Vous savez qu'en travaillant pour cette maison, vous travaillez en même temps pour vous-mêmes, bien persuadés, avec raison, que sa prospérité ne pourra avoir que d'heureux effets pour tous.
Et puisque l'occasion s'en présente, mes chers amis, je ne puis pas dire combien nous sommes profondément heureux des relations cordiales que nous n'avons cessé d'entretenir avec vous tous, même à certains moments difficiles.
Nous souhaitons qu'à l'atelier comme au magasin vos rapports mutuels dans le travail quotidien, soient également de plus en plus aimables et conciliants.
Ah ! je ne me le dissimule pas, on ne peut pas prétendre que cinquante personnes, à moins d'être anges, puissent avoir, toutes, les mêmes vues, le même caractère, le même idéal. Mais il n'est pas interdit de faire appel à la bonne volonté de tous, n'est-ce pas, pour que l'entente et l'harmonie deviennent de plus en plus complètes entre tous les services afin de rendre à chacun sa tâche plus facile et plus agréable en même temps que plus utile et plus féconde.

Je tiens à dire encore un mot de votre esprit de solidarité si méritoire, à l'égard de ceux d'entre vous que la maladie vient parfois surprendre et mettre dans la gêne.
Jusqu'à présent vous n'avez jamais manqué de leur venir en aide et chacun d'eux a pu également compter sur notre appui.
Désormais vous voulez faire davantage et mieux, et dans ce but, vous avez constitué entre vous une caisse mutuelle de secours.
Rien ne mérite plus d'être encouragé qu'une organisation de ce genre et vous pouvez être assurés de notre participation la plus large possible.
Cette caisse par son fonctionnement mathématique et régulier vous apportera plus de sécurité qu'une souscription improvisée, forcément aléatoire.
Prévoir, c'est tenir; et le proverbe ne dit-il pas ? " Un tien vaut mieux que deux, tu l'auras." Or, posséder peu mais sûrement vaut infiniment mieux que l'espérance sans certitude.

Je m'arrête pour ne pas retarder plus longtemps l'exécution de la partie artistique du programme de notre fête. Mais puisque nous allons tout à l'heure entendre des chansonnettes, voulez-vous me permettre, en terminant, de vous communiquer une remarque faite maintes fois, au cours de l'année écoulée, dut-elle, cette remarque, vous causer quelque surprise ?
Pourquoi donc, mes chers amis, ne chante-t-on plus à l'atelier aussi volontiers qu'autrefois?
Les chansons, à l'atelier, n'auraient-elles plus leur droit de cité ? C'est un usage, dans nombre de métiers, d'accompagner le travail manuel de chants qui le rendent moins pénible en trompant la longueur du temps.
Il ne nous déplairait pas, je vous assure, de voir se conserver chez nous, comme ailleurs, cette vieille coutume de la bonne et franche gaieté française.

J'ai fini, mes chers amis, puisse donc une sympathie réciproque, toujours aussi vive qu'aujourd'hui, unir longtemps encore patrons, ouvriers et employés de cette maison pour le plus grand bien de tous et pour le progrès de l'œuvre commune.
Après mon père et mon frère Charles, je lève mon verre à la santé de vos familles, à la vôtre et à la prospérité de la vieille industrie parisienne qui nous fait tous vivre."

Applaudissements prolongés

Coupe offerte en deux exemplaires à Messieurs Piel père et fils par le personnel de la Maison.

L'Officiel de la couture - Paris


Chez Paul Piel & Fils

Les nouveautés de printemps doivent être prêtes de bonne heure et c'est pourquoi les diverses collections de bijoux de fantaisie pour la robe et la Mode ont pu nous être soumises.

C'est parce qu'ils consacrent toutes leurs facultés d'initiative à assurer le succès de leurs modèles et le bon renom de leur maison que la Maison Piel réussit à composer des modèles dont le caractère est, chaque saison, essentiellement nouveau et original.
Il faut signaler en particulier cette admirable matière transparente comme le cristal parfois opaque en partie, qu'ils soient seuls à utiliser en bijoux de fantaisie ou motifs d'ornement pour la Mode. C'est avec un rare bonheur qu'ils sont parvenus à réaliser avec cette matière et dans toutes les couleurs à la mode un ensemble de modèles, en vérité très séduisants.

Ce sont des boucles des agrafes, des motifs, des épingles pour les chapeaux, des colliers bracelets et ceintures.

Tantôt c'est le quartz, aux couleurs claires, qui domine dans la composition; tantôt c'est l'émail mais toujours les mêmes nuances claires et fraîches qui conviennent si bien à la saison printanière.

Nous remarquons aussi que le jais ou l'émail noir se marient avec l'or dans une jolie série de boucles et d'agrafes de ceinture. D'autres modèles composés en vue des toilettes du soir comportent des similis brillants et pierres de couleurs.

L'heureuse harmonie des couleurs et l'équilibre de la composition décorative de tous ces modèles en font une collection unique, que l'on ne peut trouver que dans cette maison.

L'exposition Coloniale qui remporte depuis deux mois un si grand succès et sollicite l'intérêt de tous les visiteurs a été l'occasion de réunir au Palais de la Métropole les principales industries du luxe.

Dans le salon réservé à la bijouterie de fantaisie, la Maison Paul Piel & Fils a exposé une sélection de bijoux qui synthétisent très heureusement la fantaisie harmonieuse de leurs créations.

Mais, c'est dans les magasins de cette Maison renommée que nous avons eu l'occasion de passer en revue la collection de tous les modèles créés pour la saison d'automne et principalement pour celle de l'hiver.

Un réel plaisir des yeux que cette réunion de tant de modèles charmants, dans la composition desquels les strass ou les pierres, les perles ou les plus riches matières plastiques rayonnent en radieuses couleurs à la mode…

La faculté créatrice de cette maison ne manque pas de se manifester une fois de plus à l'occasion de la nouvelle saison.

(Extraits d'articles)

Encart publicitaire dans les revues de la couture à Paris