Chez Serge, caveau du Haut de Cagnes

Chez Serge, caveau du Haut de Cagnes

Marie-Hélène


Ah ces belles vacances ! Ces moments d'insouciance et parfois de pur bonheur. Douces rigolades, soirées endiablées, rythmées par les danses à la mode, courses folles, excès de vitesse dans la nuit méditerranéenne, repas aux discussions sans fin, nuits sans sommeil... des moments de franche camaraderie, de petites souffrances, d'amours déçus, d'amitié perdue... Parfois un bain de minuit illuminé par un peu d'alcool, de quelques baisers ou de tendres caresses.

Je ne veux pas raconter par le menu toutes ces périodes qui s'étendent des années 53 à 1966, près de 13 ans où j'ai passé mes vacances chez mes parents à Cagnes.

Je désire évoquer les souvenirs, sans nostalgie ni regret, de ces belles vacances, ceux qui me restent et de-ci de-là reviennent m'enchanter.

C'est le temps de mes premières surprises-parties, j'étais un garçon assez gauche, mais très respectueux avec les filles, je tombais facilement amoureux sans trop savoir pourquoi et cela minait mon moral. L'expression "Il a un cœur d'artichaut" m'allait comme un gant.

Marie-Hélène Bauret et sa sœur Marie-France ont été pour moi et Sabine des compagnes de jeux et d'amitié sur une longue période. Notre relation amicale a commencé par des signes que nous nous sommes adressés de loin, du haut de la terrasse de l'Oustalounet. À quelques dizaines de mètres en direction de la mer se situait la maison de vacances des Bauret, ma vue portait sur leurs fenêtres, toujours grandes ouverte en été. Nous nous regardions, puis peu à peu nous nous sommes enhardies et sur la montée des terrasses, chemin commun aux deux propriétés, et par quelques mots échangés notre rencontre fut effective. C'est ainsi que nous fîmes connaissance.

Marie-Hélène était une grande et belle jeune fille brune, ténébreuse, les yeux sombres, le sourire charmant, intelligente. Sa maturité était plus affermée que la mienne.

Elle me dit un jour : "J'ai l'âme noire". Sa grand-mère maternelle était originaire de la Martinique et sa peau brune révélait ses attaches africaines. Je n'ai pas compris ce qu'elle entendait par cette remarque. Elle lisait du Boris Vian, je me souviens d'un titre "J'irai cracher sur vos tombes".

Marie-Hélène à occupé mes pensées de longues années. Nos relations furent amicales et souvent, plutôt parfois, j'ai essayé d'effleurer ses mains, j'étais un amoureux transi et un véritable adolescent romantique qui se complaisait dans une certaine souffrance. J'écrivais dans mon carnet :

"Puis peu à peu l'amour s'infiltre entre deux cœurs et désormais l'un deux va souffrir"

Le 20 juillet 1956, je lui offrais un livre, au titre évocateur : "Femmes de Paris". Un recueil de photographies en noir et blanc de Nico Jesse, préfacé par André Maurois.

Je tiens ce livre entre mes mains, je lis la dédicace que j'ai écrite au crayon mine. "Il faut toujours essayer de comprendre avant d'agir, un rien peut tout pour l'amitié !" Si je possède cet ouvrage, la raison en est simple. Marie-Hélène n'a pas apprécié cette dédicace et me jeta ce cadeau à la figure...

Aujourd'hui, 52 ans plus tard cet incident me fait sourire, j'avais 17 ans et encore toute ma candeur, une candeur d'adolescent légèrement attardé.

Cet évènement n'a pas entaché notre amitié, nos relations fraternelles se prolongèrent jusqu'en 1965... Elle m'a convié à déjeuner à la Coupole avec le comédien et metteur en scène Gérard Blain. Je me souviens, c'était au début de leur union futur qui durera jusqu'au décès de Gérard en décembre 2000. Je ne lui ai pas écrit un seul mot de compassion à l'occasion de la mort de son compagnon... Peut-être lui aurai-je mis du baume au cœur ? Nous ne nous étions pas revus depuis plus de 20 ans.

Je ne me rappelle plus de la date exacte. Un soir nous montons au Haut de Cagnes passer un moment au club, chez "Serge". La montée de la bourgade est raide. Ce soir-là un groupe de militants cocos, collait des affiches contre De Gaulle. J'en décolle plusieurs... Je suis repéré par un gus qui traînait derrière nous. Nous rejoignons le groupe de colleur d'affiches, le gus me dénonce. Je suis alors interpellé par un militant, sans doute le meneur de la bande, un gars de 30 40 ans, un petit râblé. Sans prévenir gare il me saute dessus ! Surpris par son attaque je roule à terre, nous voilà enlacés sur le bitume, un corps à corps touffu et désordonné s'engage. Plus sportif, plus costaud, plus souple que mon adversaire, je parviens rapidement à prendre le dessus, mes jambes le coincent au sol, mes mains agrippent sa tête, je suis tenté de lui cogner le crâne sur le rebord du trottoir... heureusement, la sagesse me retient. Le voyant en difficulté ses camarades m'assènent des coups de savates sans retenue, ce qui sonne la fin de la partie.
On me traite de "soulier verni", de salle con de petit-bourgeois et j'en passe. Je ne fais pas le malin. La chemise déchirée, le pantalon de toile blanche, sali, le corps décoré d'hématomes... je rejoins Marie-Hélène qui a assisté au spectacle, elle me semble inquiétée, atterrée. Je la rassure, je n'ai rien de cassé, je suis solide.
S'ils m'ont traité de "soulier verni" la raison est que je portais ce soir-là, pour faire le beau, des chaussures de cuire vernissé noir, récupérées chez mon grand-père des années auparavant.
Nous finissons la soirée comme convenu chez Serge au club, place du château.

Mes convictions politiques du moment n'étaient pas encore affirmées et collaient au milieu social qui était le mien. Influencé par ma famille et sortant de sept années de pension où les sujets politiques n'étaient pas abordés, ma référence et mon credo était la droite bien pensante catholique. On était anticommuniste. Servir la Patrie, servir son Prochain... SERVIR JÉSUS !

Ma liberté de conscience se décante peu à peu au cours des années qui suivent. La parole de Jésus est révolutionnaire ! Mes convictions politiques s'orientent inexorablement vers des choix radicalement à gauche qui se traduisent par de réels engagements. Ils orienteront ma vie et celle des miens vers des chemins parfois éprouvants, mais toujours enrichissants.

Malgré les désenchantements et parfois les amères désillusions, je ne regrette rien.


Voyage en Irlande


Arthur Ponsonby est Anglais, il est le boss de la société Prewiews pour l'Europe dans laquelle mon père travaille sur la Côte, c'est une agence immobilière américaine internationale. La famille Ponsonby a des attaches en d'Irlande et possède une grande propriété terrienne au sud du pays, à côté de Cork. Je suis invité pour un séjour chez eux.

Le 1er août 1956 à 8 h 15 mon père me dépose à l'aéroport de Nice. Un avion me transporte à Londres puis après changement je suis à Dublin en début d'après-midi. Il me reste du temps avant de prendre le train pour le sud de l'île et rejoindre Cork.

La transition entre la luxuriante Côte d'Azur et d'Irlande est un choc culturel. La vue de ce peuple aux allures rudes et pauvres, aux traditions chrétiennes et nationales ancestrales, tourné encore vers le passé, loin des frontières de l'Europe qui se profil dans un espoir d'union à venir comme un Nouveau Monde.

Les gens croisés dans les rues de Dublin m'apparaissent vieillis, ils ont le visage tanné par le vent, les soucis quotidiens ou les embruns, sont-ils tous marins ou mineurs ?
Ils ont le regard plissé, le costume élimé, l'allure courbée face aux aléas de la vie qui ne rigole pas. Ils sont en harmonie avec les murs et les rues "cra-cra" de la capitale que j'ai hâte de quitter.
Comme un "indien dans la ville" j'ai honte de mon bronzage, de mes vêtements qui détonnent, je suis un étranger privilégié au pays du gin et de l'irish coffee, de la Guiness, et du fighting spirit. Un pays où le labeur est rare : un peuple d'hommes migrants vers des horizons inconnus pour survivre.

Le train, un modèle proche des années 30, me trimbale vers le sud, il est bondé. Au wagon-bar, la bière brune, la Guinness, coule à flot. Je me laisse tenter par une stout épaisse, mousseuse à souhait. J'observe les voyageurs, je ne compte que des hommes, leur anglais à l'accent si typique du pays me dit que je suis à l'écart de mes repères. Je commande un café, le gars du bar me propose un gin, j'accepte. La tête me tourne, je n'ai pas la tenue à l'alcool de mes compagnons de voyage qui tiennent la rampe, malgré les chopes avalées, rythmées par les sons métalliques des roues d'acier sur les rails disjoints.

À la nuit débarquement à Cork, personne pour m'accueillir. Seul sur la place de la gare j'attends. Pas d'inquiétude, ils sont en retard, ils vont débouler avec leur belle voiture anglaise, peut-être une Bentley ?

Les minutes s'écoulent, je piétine, inquiet je cherche où me diriger, je ne vois rien d'engageant; je n'ai ni adresse ni numéro de téléphone pour leur signaler que je suis arrivé comme convenu.

Au bout d'un certain temps, dans la pénombre au bout de la rue une petite voiture noire, une modeste anglaise, une je ne sais plus quelle marque, déboule à vive allure et stop devant moi.

Ponsonby père et fils s'extirpent du véhicule et m'accueillent en vives excuses.

La propriété se situe en pleine campagne. Une belle et noble demeure entourée de vastes terres verdoyantes, vallonnées, parfois boisées, des murets de pierres sèches encadrent les nombreuses parcelles de pâturages. Ces empilements minéraux soulignent le paysage de lignes irrégulières tracées par la main de l'homme au fil du temps.
Nous ne logeons pas au manoir où demeure la mère d'Arthur, nous résidons dans une belle maison genre cottage. Les pelouses sont agrémentées d'imposants buissons d'hortensia hauts de trois mètres, ils apportent une note de gaîté à cet environnement où le vert domine, je suis en Irlande.
En ce jour d'octobre 2008, j'ai dans le fond de l'œil la couleur fanée, tirant sur le vieux rose bleuie de ces centaines de boules fleuries. Une écurie jouxte la demeure. Elle est habitée par quatre cobs, une race de chevaux irlandais. Un vaste potager ceinturé de hauts murs s'ajoute à l'ensemble.

Les us et coutumes de mes hôtes sont loin des miennes.

Le matin est consacré à plusieurs reprises, par une sortie à cheval. À part être monté en croupe, jeune enfant, sur le cheval de mon père enfermé dans ses bras, je débute comme cavalier. Arthur et son fils Myles me donnent des conseils avisés et rapidement je me comporte honorablement sur la bête.
Un jour au cours d'une sortie équestre, je suis mes hôtes anglais à travers champs et vallons, l'allure s'accélère, les étriers ajustés longs afin de tenir debout en appui sur l'intérieur des cuisses, les fesses décollées de la selle, le buste altier, les rênes lâches, je tente d'imiter un cow-boy ou un gardian camarguais. La monture sent mon manque d'assurance, elle me domine, je perds la main, l'allure tranquillos de ce canter se transforme en un galop débridé... Je talonne Myles, je double Arthur, qui soudainement conscient du danger et furieux de mon incompétence me rattrape, il saisi d'une main la bride de mon cheval fou et réussi tel un maestro à stopper la bête et son jeune cavalier désemparé. Son intervention évite que je m'encastre avec ma monture dans une clôture en bois ficelée de fer barbelé rouillé. Je suis penaud. On s'en retourne à petite allure.

Les Anglais sont des gens spéciaux, et pour étayer mon propos voici une anecdote singulière.

Tous les matins sont occupés par une séance de cheval, sport, ou chasse aux pigeons. La tenue vestimentaire est adaptée à l'activité choisie.
Rien d'anormale, la surprise est a venir ! Le cheval sue et son effluve vous accompagne au long de la journée. Nous gardions nos vêtements crottés, mal odorants jusqu'au moment du bain, vers les dix-sept heures. Le premier jour, j'ai l'honneur et le privilège d'utiliser la salle de bains le premier. Arthur me recommande de ne pas vider l'eau... J'applique la consigne sans me poser de question. Le jour suivant, je ne suis plus le premier pour les ablutions journalières. La surprise m'attend : la baignoire est à demi pleine, je dois me tremper dans une flotte froide, savonneuse, dégueulassée par les bonshommes passés avant moi... je préfère me laver par petits morceaux avec l'aide d'un gant de toilette.
Deux salles de bains équipaient la maison, une pour les femmes, une pour les hommes, et l'eau chaude se faisait rare, il fallait l'utiliser avec parcimonie. Merci les anglais je ne vous ai jamais oubliés.

Propres et pomponnés nous mettions nos costumes ou robe de cocktail pour les femmes. Arthur et Myles s'habillaient d'un smoking de coupe classique. Celui du maître des lieux était défraîchi, élimé aux manches, brillant sous les fesses et aux coudes.
N'en possédant pas je me vêtais d'un complet gris anthracite du meilleur goût, égayé d'une cravate "club" et parfois d'un nœud papillon, en tissus écossais, que j'avais piqué à mon père.

Nous sommes allés au champ de courses dans une ville des alentours. Un lieu champêtre, une piste herbeuse cernée par des barrières blanches, je n'ai pas le souvenir de tribune. Les spectateurs se trouvaient tout près de la piste. Au passage du peloton, mes joues ressentaient le souffle des chevaux au grand galop. Les parieurs aux jumelles démesurées hurlants, gesticulants se précipitaient sur la ligne d'arrivée la mine déconfite pour la majorité, la mine réjouit pour les chanceux. J'ai parié quelques sous en pure perte. Pour cette occasion nous avions coiffé nos têtes de chapeaux melon du plus bel effet afin de nous différencier du bon peuple en casquette. J'étais couleur locale, habillé de ma veste "Harris Tweed" et d'une chemise Harrow à col boutonné ornée d'une cravate en tricot. Je ne sais plus si mes pieds étaient chaussés d'une paire de richelieu de marque Church ou Weston.

Nous sommes allés vers les côtes déchiquetées, la région du sud-ouest où l'océan s'engouffre dans les terres en de longues langues acérées bordées de granit brun rouge. Peut-être vers Kenmare, descendu sur le rivage, le sable déserté par la mer, j'ai trempé ma main, puis un pied dans l'eau glacée sans aller plus en avant.

Nous sommes allés, peut-être à Toehead, vers les falaises surplombant l'océan hostile pour une partie de pêche. Installés au plus près de l'eau, équipés d'un matériel performant mes amis m'initièrent au maniement du lancer.
Le poisson vorace se jetait sur les appâts et parfois la prise se dérobait pour regagner sa liberté.
Non loin de nous, des gars du cru outillés d'engins composés d'une branche de bois longiligne muni d'une cordelette lestée par un hameçon. Ils utilisaient en guise de leurre une gaine évidée de fil électrique, une sorte de tuyau en caoutchouc rouge long d'une main, l'extrémité étant taillée en biseau.
Ils utilisaient une technique très simple, un mouvement de bas en haut continuel de leurs cannes et l'appât mystifiait les poissons. Ce matériel rudimentaire donnait un résultat aussi productif que nos cannes sophistiquées.
Je n'ai jamais oublié ces Irlandais, car si nous étions là pour une partie de pêche au grand air, un pur moment de détente, eux pauvres et démunis étaient là pour se nourrir...

Nous sommes allés chez les Guiness. Une visite réservée à un public choisi. Nous étions conviés avec d'autres personnes bien nées.
Comme invité privilégié je me souviens de la dégustation d'une bière brune, épaisse, mousseuse, servie dans d'anciennes chopes en argent. Le métal était travaillé, ciselé, repoussé, le décor évoquait des scènes champêtres ou de chasse à courre au renard. Les jeunes filles de la famille avaient la chevelure abondante et rousse, et leurs visages laiteux étaient piqués de petites tâches charmantes.
Je revois aussi un parc majestueux, une demeure grandiose, austère. Le reste et la suite sont sortis de ma mémoire.

Nous sommes allés à la chasse aux pigeons, les ramiers facilement tirés que nous avons rapportés ont été pour moi l'occasion de montrer mes petits talents de cordon-bleu et de faire briller sans mal la cuisine française. Rassir les gibiers deux jours dans une remise aérée, les plumer délicatement, les beurrer abondamment, sans oublier de les ficeler, les rôtir à four très chaud en évitant de les dessécher, il faut donc les arroser régulièrement du jus de cuisson allongé d'eau salée.
Pour l'accompagnement j'ai choisi des petits pois frais et quelques tomates cerise du potager. J'ai eu mon petit succès et les compliments ont flatté mon ego.
Myles organisa une soirée chez lui qui ne ma pas laissé des souvenirs impérissables si ce n'est que les invités ont beaucoup bu... J'y ai rencontré Stéphanie une Française de Bordeaux, elle était brune.

Nous sommes allés, dans un country club très huppé pour participer à un tournoi de tennis. Jouer sur une surface gazonnée était une première pour le "French" que je suis. En tenue blanche de rigueur, je suis associé par tirage au sort avec une jeune Anglaise dont le jeu et le physique n'ont pas impressionné ma mémoire.
Notre prestation dans cette compétition n'est pas brillante, mais qu'importe cette journée ensoleillée, rare pour l'Irlande reste un agréable moment.

Mon séjour en Irlande se termine le 27 août. J'atterris à Nice à 21 heures sans Myles Ponsonby malade, il nous rejoindra plus tard.

Voyage en Italie

La tour de Pise

Je suis au pied de la Tour Penchée de Pise avec ma mère et ma soeur Sabine. Photo prise par mon père.


10 avril 1957, départ de Cagnes pour un voyage en Italie. Dans la 4 cv Renault, mon père est à la manœuvre, ma mère à ses côtés, derrière j'accompagne ma sœur Sabine.

C'est une belle balade touristique riche de senteurs et d'émotions. Je ne suis jamais retourné dans ce pays à part quelques allés retours à San Remo à l'époque où les frontaliers venaient y faire un saut pour quelles que emplettes, les prix étant avantageux.

Je ne sais par quel bout commencer. Les ans n'ont pas gommé ma mémoire il me reste le meilleur et souvent me reviennent comme un beau film les images de ce court séjour trépidant : 2323 km en huit jours !

Pise, la tour penchée est vraiment penchée, l'ascension de la rampe qui accède au sommet vous tourneboule les esprits, la descente ne vous dessaoule pas. Marcher sur un plan incliné, tournant et désaxé vous donne l'impression d'être brindezingue.

La splendeur éternelle de la capitale avec ses belles Romaines chics et distinguées. Les fontaines, les escaliers, les vestiges du temps ancien sont accompagnés par un tumulte désordonné de pétarades et de klaxons aigus. Les hommes marchent parfois bras dessus dessous conversant avec forces gestes. Dans une boutique d'une belle avenue, je choisis un polo aux manches longues, sa couleur pois cassés et son tissu de coton bouclette me ravissent. Merci, mes parents.
Je n'oublie pas la visite obligée de Saint Pierre. Je garde le souvenir d'une statue sur le côté droit, est-ce une pietà de bronze du Christ mort sur les genoux de Marie...? Une partie du corps de Jésus, un pied nu, brillant, poli, lustré par les pieux attouchements des millions de pèlerins qui par dévotion ou superstition ont posé leurs mains et certain leurs lèvres sur le métal.
Non loin un prêtre donne la communion, je reçois le Corps du Christ.

Rome est entourée de collines, sur l'une d'elles, le monte Mario, sont rassemblés les soldats français morts en Italie au cours de la guerre de libération de l'Europe du joug nazi. Lieu magnifique de silence et de paix. Nous sommes venus nous recueillir sur la tombe de François. Sa maman dépose des fleurs.

La beauté de la campagne du Latium, ses terres chaudes, rouge ocre, ses chemins rustiques où serpentent des carrioles d'un autre âge, tirées par des mules qui vont à la rencontre d'un attelage de chars à bœufs. J'ai du mal a imaginer ces lieux animés par les violences de la guerre.

Mon père veut retrouver l'endroit où son fils François fut mortellement blessé le 21 juin 1944 à la ferme Falsetoja. Il se renseigne et par des routes poussiéreuses, pentues, étroites, la ferme sur la colline se découpe devant nous. Émotions...
Avant le repérage de cette ferme, nous nous sommes arrêtés à San Lorenzo Nuovo. Mon père y retrouve l'emplacement du premier coin de terre où François fut inhumé.
J'ai évoqué cette scène le 12 février 1994 à l'occasion de son centenaire. Je me cite :

Souvenir qui m'a profondément marqué. Il est indélébile, ancré dans ma mémoire :
Un chemin de terre une croix de fer forgé, un champ de maïs (maman et Sabine sont restées dans la voiture).
"C'est ici !" dis-tu et d'un pas décidé, tu pénètres de quelques pas dans le champ à moitié levé...
Je n'ose pas te suivre.
Dans le silence de la campagne, tu te recueilles un court instant... Intensément.

Arrêt à Sienne. Sa fameuse place inoubliable et les dizaines de pigeons qui guettent la moindre miette de pain au creux de ma main.
Nous couchons à Florence. Curieusement je n'ai pas de souvenirs précis de la ville. Mais l'image enchanteresse du lac de Côme est toujours vivante, je constate que les paysages exceptionnels sont un profond marqueur de ma mémoire.
Le chemin du retour passe par le col de Tende, la neige couvre les Alpes, au bout d'un long tunnel la France.

Orbetello 11 avril 1957

Orbetello 11 avril 1957

Sienne
Sienne 14 avril 1957


Dans un carnet de mon pére à la date du 13 avril 1957, je lis entre-autres notations : "San Lorenzo Nuovo. Nois allons à l'emplacement de la premiere tombe de François où je trouve une stèle ainsi que le cimetière civil : Croix et cyprès. Nous allons prier dans l'église du village et nous repartons...

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