Henry Dimier un artiste peintre de grand talent.

Cette branche familiale remonte assez loin et des personnages originaux et talentueux ont participé à la vie culturelle et politique de la France au cours du 19e et 20e siècle :

Louis DIMIER, Henri DIMIER, Joseph DIMIER

Je citerai aussi les Delsart et les Auzende

Les familles DIMIER, DELSART,BOURGEOIS

Les Dimier - Delsart - Bourgeois

Le patronyme, Dimier, indique vraisemblablement qu'à l'origine, celui qui l'a reçu devait percevoir la dîme, c'est-à-dire l'impôt correspondant au dixième des récoltes, pour le compte du décimateur, le seigneur ecclésiastique sous l'autorité duquel il était placé.
L'ancêtre Dimier le plus éloigné dont j'ai pu retrouver la trace se prénomme Étienne. Je ne possède que son acte de mariage, rédigé en latin, et qui n'indique pas le nom des parents ni d'un côté ni de l'autre. Une dispense a été nécessaire à cause du troisième degré de consanguinité du côté d'une ascendance et du quatrième du côté de l'autre.
Le mariage a lieu le 31 mai 1779 à Villette qui se trouve en Savoie, entre Moûtiers et Aime. Lorsque je suis passé dans ce village, il y a déjà un bon nombre d'années, j'ai pu constater que dans le cimetière se trouvent plus d'une dizaine de tombes portant le nom de Dimier; mais dans l'annuaire du téléphone une seule personne portant ce nom.
En réalité, Étienne Dimier habite un petit hameau, Charvaz, situé à 300 mètres au-dessus de Villette; il est cultivateur et lorsque, 18 ans plus tard, sa femme donne le jour à un garçon prénommé Étienne comme son père, celui-ci doit le descendre jusqu'à la mairie de Villette, en plein hiver, par un froid certainement rigoureux. L'acte de naissance nous apprend que le père est l'adjoint de l'agent municipal de Villette.
Ce fils, Étienne, semble avoir quitté Charvaz pour s'installer à Villette. C'est là qu'il se marie le 28 novembre 1823. Sa femme, Jeanne Marie Étiennette Roche est native de Moûtiers. Il devient, par la suite, brigadier des Eaux et forêts et habite alors à Moûtiers où naît son fils Joseph, Louis le 24 mai 1828. D'après son acte de décès, il est de nouveau domicilié à Villette bien qu'il soit décédé à l'hospice de Moûtiers.
Joseph Louis Dimier quitte sa Savoie natale et vient s'installer à Paris où, en 1854, il épousera Marie Virginie Delsart.
Avant de parler de leur descendance, voyons un peu ce que l'on peut savoir de ces Delsart et de quelques-unes de leurs ascendances maternelles.
Le plus ancien Delsart retrouvé dans les archives se prénomme Philippe. Le 11 février 1715, il épouse, à Valenciennes, Marie Elisabeth Fievez. L'acte de mariage ne mentionne pas les noms des parents ni l'âge des époux, pas plus que le métier du fiancé; il signale seulement que celui-ci est de la paroisse de Beuvrage; on apprend aussi qu'il ne sait pas écrire; au bas du document, figure en effet l'indication : marque de Philippe Delsart ; c'est une simple croix. Quant à Marie Élisabeth, son acte de naissance, trouvé à Valenciennes, nous apprend qu'elle est née le 27 septembre 1689, sur la paroisse Saint-Jacques. Par le contrat de mariage de son fils, nous savons que ce Philippe Delsart exerce, à Valenciennes, le métier de marchand de bestiaux.

Ce fils, prénommé Philippe Joseph, nous le retrouvons à Paris où, en novembre 1763, il épouse :Auguste Marie Toussaint Croisé dont le père est maître maçon. Quant à lui, il est peintre de l'académie de Saint-Luc, il vend des tableaux, des estampes et des baguettes dorées et non dorées. Le contrat de mariage nous apprend également qu'il demeure sur le pont Notre-Dame. (Cela demande un minimum d'explication.)
Sous les ponts construits à Paris jusqu'au XVIe siècle (4 ou 5 au maximum) comportaient deux rangées de maisons, une du côté amont, l'autre sur le côté a\'al. Le pont Notre-Dame, un des plus anciens, reliant l'île de la Cité à la rive droite, n'échappe pas à cette règle. Reconstruit à partir de 1500, le précédent ayant été emporté par un débordement de la Seine, il comprend, à l'origine, 34 maisons sur
chaque côté. Chacune comprenant "cellier ou caveau, ouvroir, galerie derrière, cuisine, deux chambres et grenier" selon la description qu'en fit Gilles Corrozet dans un livre publié en 1561. L'ouvroir dont il est question doit être une boutique qu'un autre auteur mentionne. Par la suite, beaucoup de ces maisons seront signalées par une enseigne dont la plus célèbre est celle peinte par Watteau pour le fameux Gersain. Apparemment, ce Gersain devait être marchand de tableaux. Chacune de ces maisons dont la ville de Paris est propriétaire est louée par bail de 9 années. Au moment de son mariage, Philippe Joseph Delsart habite une maison sur le côté aval (paroisse Saint-Jacques-de-la-Boucherie), mais à son décès, en 1770, il est logé de l'autre côté (paroisse de la Madeleine en la Cité).
Quant à l'académie de Saint-Luc, c'est le nom que prend, au XVIIIe siècle, la communauté des maîtres peintres et sculpteurs, entrant plus ou moins en rivalité avec l'académie royale de peinture et de sculpture fondée en 1648. Philippe Joseph y fut reçu le 5 juin 1761
Par l'inventaire dressé après son décès, on sait comment était constitué son logement. On y trouve une cave, un petit cabinet pratiqué dans la boutique, une cuisine, une chambre ayant vue sur Saint-Denis-de-la-Chartre (église de l'île de la Cité, à l'emplacement de l'actuel Hôtel-Dieu, près du quai de la Corse), une autre chambre, un petit passage, une boutique ayant vue sur la rue et plusieurs salles servant de magasins.
L'inventaire des marchandises énonce, en plus de quelques tableaux dont le sujet n'est pas mentionné (à l'exception de 6 portraits de Louis XV), des marbres, des consoles, des pieds et des bordures dorées et plus de 200 paravents à 6 ou 8 feuilles chacun. Ces paravents étaient sans doute de simples feuilles de papier décorées, destinées à être, par la suite, fixées sur des panneaux. Le mobilier est estimé à près de 2 200 livres et les marchandises en magasin à 7 600 livres ; les sommes dues par des clients se montent à 12 500 livres, mais les dettes à l'égard des fournisseurs atteignent 18 800 livres.
La veuve, enceinte de son quatrième enfant au moment du décès de son mari, va probablement connaître quelques difficultés avant d'épouser en secondes noces Louis Charles Travers, miroitier.
Pour en terminer avec cet ancêtre Delsart, il faut signaler que deux de ses dessins ont été exposés à Lille en 1782. D'après les "Livrets des salons de Lille" publiés en 1882, ce sont :

Un dessin à la terre d'Italie, représentant Lot et ses filles, d'après Rubens
Un dessein à la terre d'Italie, représentant l'hiver .
De 10 pouces 10 lignes de hauteur, sur 1 pied 2 pouces de largeur
(29,25 cm X 37,38 cm)

Des quatre enfants de Philippe Joseph Delsart, seul Jean Charles peut retenir notre attention puisque c'est de lui que nous descendons. Je n'ai d'ailleurs recueilli aucun renseignement concernant ses frères et sœurs. II faut bien reconnaître que nous ne savons pas grand-chose de lui non plus. II est né en 1768 ou 1769. Au moment de son mariage, en 1798, il est papetier et habite rue du faubourg Saint Antoine. Le fonds de commerce, d'une valeur de deux mille francs, a été acquis par sa mère pour son compte, ainsi que le déclare le contrat de mariage. Trois ans plus tard, à la naissance de son fils, il est marchand mercier pour redevenir papetier à son décès, en 1818. Cette anomalie n'est qu'apparente car, jusqu'au XVIIIe siècle, les merciers avaient le droit de vendre toute espèce d'objets et de produits, quelles que fussent leur nature et leur provenance et qu'ils prenaient parfois le titre de papetiers. Jean Charles Delsart mourra à l'hôpital Saint-Antoine le 30 mai 1818.
Sa veuve, Louise Thérèse Sainte Beuve, reprend, après son décès, le commerce de marchand papetier, mais meurt à son tour, peu de temps après lui, le 11 octobre 1820. J'ai pu remonter assez loin du côté de ces Sainte Beuve. Le plus ancien dont j'ai retrouvé la trace, Louis Sainte Beuve, est décédé à Belloy-en-France, le 15 janvier 1681, âgé d'environ soixante ans. Dans les registres paroissiaux de cette commune, on trouve très souvent ce patronyme. Son fils, Nicolas, se marie le 1er février 1681. L'acte de mariage précise qu'il n'a été procédé qu'à la publication d'un seul ban au lieu des trois normaux et que les fiançailles ont été faites le jour précédent; il y avait en effet urgence, la première naissance étant survenue le 7 mai suivant. Ce n'est que par son acte de décès, 8 février 1714, que l'on peut connaître son métier; il était maître menuisier. Son fils, Louis, né le 30 juillet 1690, exercera le même métier, toujours à Belloy-en-France. Son petit-fils, Michel François, qui sera le père de Louise Thérèse, né le 2 août 1722, à Belloy, n'y restera pas et ne sera pas menuisier. On le retrouve à Paris où il se marie le 18 avril 1763, étant maître couvreur. Pour exercer ce métier, il a dû effectuer six années d'apprentissage. Les maîtres couvreurs seront au nombre de 167 à Paris en 1770. Le père de sa femme est également maître couvreur de bâtiments.
Ce beau-père se nomme Guillaume Fautras ; il a épousé en 1734 la veuve d'un autre maître couvreur. Son père, prénommé également Guillaume, n'est, à son mariage que compagnon couvreur et du côté de sa femme, on est en plein dans les métiers du bâtiment : maçons et tailleurs de pierre. Ce père, Guillaume Fautras, achète en 1714, la moitié d'une maison, rue de la Petite Bretonnerie; il la fait reconstruire car elle menaçait ruine, mais a du mal pour se faire rembourser les frais par les autres copropriétaires. En 1766, Guillaume, le fils, habite cette maison, située à côté du collège de Lisieux. Les immeubles doivent être démolis pour l'aménagement des abords de la nouvelle église Sainte Geneviève (actuel Panthéon) et la construction de la faculté de droit. La maison est, à cette époque,estimée 11 500 livres. Sur le plan de Turgot, on situe très bien la rue de la Petite Bretonnerie et le collège de Lisieux.
Revenant aux Delsart, c'est le fils de Jean Charles qui \'a maintenant nous occuper. Il se prénomme Louis Charles Antoine, né le 25 juillet 1801 ou o thermidor an 9, selon le calendrier en usage à l'époque. I~'un des témoins n'est autre 4 rue  Charles Travers, marchand miroitier; c'est lui que Auguste Marie Toussaint Croisé avait épousé après le décès de son premier mari, Philippe Joseph Delsart; il demeure à Saint-Mandé près Paris. L'autre témoin est sa tante maternelle Marie Antoinette Sainte Beuve, femme Bousseau qui habite à Paris, rue Saint-Honoré n° 1496.
Ce numéro anormalement élevé pour une rue qui n'en comporte aujourd'hui qu'un peu plus de 400 était une conséquence de la numérotation des maisons mise en œuvre à la suite du décret de l'Assemblée nationale constituante du 23 novembre 1790. Chacune des 48 sections de la ville devait utiliser une seule série de nombres pour l'ensemble de toutes les maisons la composant, le dernier numéro rejoignant obligatoirement le numéro 1. Les inconvénients de ce système ont été dénoncés dès son application. Ainsi, la numérotation commençait dans une rue par n'importe quel chiffre; des numéros sans suite pouvaient se trouver placés les uns à côté des autre; lorsqu'une voie traversait plusieurs sections, on pouvait y rencontrer plusieurs fois le même numéro. Il faudra attendre 1805 pour que ce système absurde soit enfin remplacé par celui encore en usage de nos jours. Louis Charles Antoine Delsart est donc né rue du faubourg Saint-Antoine; c'est dans ce faubourg qu'il passera une grande partie de sa vie. Depuis plusieurs siècles, le faubourg Saint-Antoine est la cité du meuble où se sont illustrés les plus grands ébénistes des temps passés. Louis Charles Antoine va, tout d'abord, s'initier au métier qui a fait la gloire du quartier, reprenant ainsi le métier de ses lointains ancêtres Sainte Beuve, menuisiers à Belloy-en-France, et va devenir un habile artisan. Mais nous avons vu que sa mère qui avait repris le métier de papetier exercé par son père, meurt en 1820. Il décide alors d'abandonner l'ébénisterie pour se consacrer à la papeterie.
Un danger le menace, comme tous les jeunes gens de son âge, la conscription ou plus exactement l'appel. En vertu de la loi de 1818, 40 000 recrues sont, chaque année, désignées par le sort pour servir pendant 6 ans dans la légion de leur département. Il est inscrit au tableau de recensement de l'arrondissement sous le numéro 376 et, fort heureusement, le contingent s'est arrêté au numéro 188. Son certificat de libération, daté du 26 août 1822, nous apprend; par la même occasion, qu'il mesure "un mètre 600 millimètres".
Il a certainement eu connaissance de cette bonne nouvelle plusieurs semaines auparavant, car il contracte mariage le 10 août 1822. La jeune fille qu'il épouse, Marie Jeanne Aspasie Bourgeois, habite "au bout du pont de Lagny, lieudit la Juiverie, commune de Thorigny" ainsi que le précise le contrat de mariage. la tradition familiale assure que, pour aller voir sa fiancée, il franchissait à pied, aller et retour, les 6 lieues qui séparent Thorigny du faubourg Saint-Antoine, soit 48 kilomètres.
Son petit-fils, Louis Dimier, à propos d'une campagne électorale qu'il mena en 1893, à Moûtiers, en Tarentaise, écrira : "J'étais capable de faire mes quinze lieues en un jour - 6O kilomètres - non seulement j'allais longtemps, mais j'allais vite."
levée. Il arrive que, parfois, on l'entend, à une heure matinale, s'écrier, du  bas de l'escalier : "Je pars aux Petits Pères" l'antique appellation pour Notre-Dame-des-Victoires.
Le dimanche, à la paroisse Notre-Dame de Vincennes, elle assiste aux deux messes de huit et neuf heures. À la seconde, sa nièce Louise la rejoint, accompagnée de ses aînés, sur les chaises gardées, côté de l'Évangile. Elle fait suivre les prières de la messe dans les livres des petits neveux. À la sortie de la messe de neuf heures, elle fait halte avec eux chez le pâtissier où les petits choisissent et dévorent les gâteaux de leur choix. Elle aura ainsi, sous son aile protectrice, deux garçons de onze, quatorze ans jusqu'à 25/28 ans et deux plus jeunes, de leur plus petite enfance jusqu'à l'âge de 13/16 ans.
C'est elle encore qui engagera les deux aînés à faire partie de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, petite Conférence Saint-Joseph réservée exclusivement aux jeunes gens, dirigée par le second vicaire, l'abbé Fleschelle. L'influence qu'ils en retireront les marquera pour la vie entière avec répercussion sur les générations qui suivent.

Avant d'abandonner la famille Dimier, il me parait indispensable d'évoquer la personne de son plus illustre représentant, mon grand-oncle Louis, frère de ma grand-mère.
C'est encore Jacques Hubert qui, l'ayant parfaitement bien connu, va nous aider à résumer la vie et tracer le portrait de cet homme hors du commun.

LOUIS DIMIER - 1865-1943 -

Fin connaisseur, collectionneur, critique sévère et historien chevronné, Louis Dimier (1865-1943) a aussi été un bibliophile passionné, un roman-cier saisissant, un polémiste prolifique, et encore un homme politique dont la pensée a évolué du nationalisme intégral de l'Action Française (qui le comptait parmi ses fondateurs) à la mise en question des principes mêmes du nationalisme. Un fonds d'archive comme celui de la bibliothèque de l'INHA, qui comprend de nombreux volumes ayant appartenu à Dimier, souvent annotés par lui, et une vaste série de papiers personnels, représente un outil fondamental pour l'histoire de l'histoire de l'art.
Les matériaux qui s'y trouvent permettent non seulement de mieux connaître un des protagonistes de l'histoire de l'art en France, mais aussi de développer une vision plus claire et plus complète de cette époque si complexe, si riche en discussions enflammées, si féconde en recherches nouvelles qui fut le début du vingtième siècle.

Michela Passini est doctorante à la Scuola Normale Superiore de Pise, où elle prépare sous la direction de Enrico Castelnuovo une thèse sur le problème du nationalisme dans l'histoire de l'art en France et en Allemagne au début du XXe siècle. En tant que boursière San Paolo-INHA pour l'année 2005, elle a été chargée du dépouillement et du reclassement du fonds Louis Dimier de la bibliothèque de l'INHA, dont elle a rédigé l'inventaire.

Louis Dimier - Documents familiaux -



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