SOUVENIRS DES PERSONNES CONNUES QUE J'AI CONNUES - 1957-1958


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J'ai côtoyé des personnes qui ont eu une "renommée", pour certaines, médiatique…internationale. À Nice, au cours de mon redoublement du bac, parmi mes camarades :

Philippe Junot, le fameux playboy qui plus tard épousera une des filles de la Principauté, Caroline de Monaco. Joyeux luron bagarreur, un fils à papa, peut-être un blouson doré ? Mais sympathique. Avec lui et un certain, j'ai oublié son nom, avons été copains de classe. Les balades entre les cours sur la "prome" (des Anglais). Les surboums chez le fils de Simenon, Marc possédait une moto anglaise, une Norton. Ces soirées arrosées étaient qualifiées du nom évocateur de "Bottle Party". J'ai gardé longtemps dans mes papiers le carton d'invitation, égaré aujourd'hui.
J'étais le plus sage ou le plus inhibé. Les demoiselles se laissaient aller à boire un tantinet de trop…et les flirts plus ou moins légers faisaient partie du décor. Je me souviens avoir raccompagné chez ses parents à Cannes l'une d'entre elles. Elle n'avait pas toute sa lucidité, il lui en restait un brin, j'étais un garçon bien élevé, je ne profiterais pas de la situation. Je ne la connaissais pas, elle ne me connaissait pas. C'est-elle qui me demanda de la ramener chez elle… son intuition lui dicta que je me comporterai en gentleman bien élevé.
Junot garçon intelligent, mais surtout à l'époque un bagarreur frimeur qui n'avait peur de rien. Je l'ai rencontré quelques années plus tard (1965) sur le boulevard Saint-Germain en pleine bagarre…nous nous sommes salués sans effusion…ni évocation du passé. Nous n'avions plus rien en commun !

À Monaco le commandant Cousteau officiait au musée océanographique et comme ces deux fils, anciens élèves des Roches nous nous sommes côtoyées en bonne camaraderie.
C'est une fois, un après-midi, que Jean-Philippe Cousteau me fait visiter les arrières des aquariums du musée. Au cours de la promenade, nous passons le long un immense bocal de verre où vivent quelques espèces aquacoles dans un décor de fond méditerranéen : seiches, calamars, encornets et autres mollusques. Le fils Cousteau très à l'aise, comme chez lui, saisit prudemment par le dos un crabe de belle taille qui gigotait dans un seau avec ses comparses d'infortune. Ce tourteau combatif n'a que peu de temps à vivre, plongé au milieu du bassin, la plus vive des seiches, en un éclair, se l'offre en amuse-gueule, le croquant par son derrière. Une tactique intelligente pour éviter les pinces du crustacé.
De notre emplacement privilégier des HO des HA des HOLALA nous parviennent en vagues successives dans un crescendo dramatique, le public en redemande. Jean-Philippe sûr de son succès réitère l'opération jusqu'à l'épuisement des stocks…
J'ai une pensée pour toi Jean-Philippe, tu as travaillé aux côtés de ton père. Un accident d'hélicoptère a détruit en pleine jeunesse ta passion pour les océans…
Jean-Michel son frère ainé se destinait à l'architecture et nous avions des amis en commun.
J'évoque un souvenir particulièrement original. À l'occasion des 16 ans de Sabine, le 18 janvier 1958, nous invitons à l'Oustalounet 24 de nos copains copines. Parmi eux les frères Cousteau.
Vers deux heures du matin, l'ambiance est à son comble. Jean-Philippe introduit sa voiture dans le salon, comment est-ce possible ? Ce n'est pas une américaine ! Mais une italienne : une Isetta ! Le living au rez-de-jardin est vaste, le mobilier repoussé le long des murs, la voiturette fait des ronds, pétaradant, sans dommage collatéral ! Le paterfamilias réveillé par ce raffut, monte, ouvre la porte, apercevant l'engin au milieu de son salon... Que croyez-vous qu'il dise ? Nous sommes tous et moi le premier dans nos petits souliers. Mon père contre toute attente trouve la situation cocasse et nous demande de baisser le ton.
Il racontera cette anecdote plusieurs fois à ses visiteurs. Une performance qui donnait à sa maison un relief d'originalité.
Pour information l'Isetta, surnommée le "pot de yaourt" était une microvoiture de ville fabriquée par une firme italienne au cours des années 50.

Martial Raysse fait partie de ces gens rencontrés à Nice par le truchement d'une amie de classe de ma sœur, Hèlène Bardy. Martial était un bel homme au profil romain. Toutes les filles en raffolaient. Il était mon aîné de 3 ans et déjà à cette époque il s'adonnait à la peinture et à la création artistique. J'ai dû au cours de nos discussions lui montrer mon intérêt pour son travail. C'est donc un après-midi par beau temps qu'il m'emmène dans son repère, une vieille masure agrippée sur la garrigue au-dessus de Villefranche. Quelques longs pas sur la pente escarpée, nous voilà dans son antre. Des toiles, accrochées sur les murs de pierres brutes. Couleurs vives ! Je vois des bleus profonds, denses, francs. Des peintures abstraites. J'aime le bleu.
Martial Raysse parle, m'explique, j'ai retenu qu'une seule phrase de son discours :
"L'avenir de l'art moderne est aux États-Unis, c'est là que la créativité contemporaine se fait."
J'ai suivi de loin sa carrière et je sais qu'elle a été fructueuse et diverse. À Paris en 1992 à la Galerie nationale du Jeu de Paume, je suis allé avec Catherine voir une exposition de ses œuvres du moment.

Mouloudji le chanteur-compositeur acteur, Mouloudji de père Kabyle de mère Bretonne, enfance malheureuse, mais adolescence sauvée grâce aux associations ouvrières proches de la SFIO.
C'est un voyage Paris Nice en train, à ces côtés. C'est au bord de mer de Cagnes, "Le Cheval sur La Plage" l'endroit où la jeunesse se retrouvait l'été. Mouloud plus âgé que nous tous, entre 15 et 20 ans, aimait venir nous voir, il installait son paquetage sur les galets, pas pour les garçons, mais surtout pour les nymphettes en bikini qui le ragaillardissaient …Artiste vrai, charmant, engagé que j'écoute toujours avec une pointe de nostalgie.

Deux femmes font partie de mes rencontres d'alors. Denise Fabre fréquentait assidûment la bande de Nice. Jeune fille entrevue plusieurs fois au cours de soirée et diner chez divers camarades. Elle était en 1958 la petite amie d'un garçon qui était dans la même classe que moi. Nous allions devant la gare des cars de Nice au café brasserie le "Provence". C'est dans l'arrière-salle que des parties de rami et autres jeux de cartes se disputaient. Je la vois toujours souriante, simple, pour elle au diable la timidité…La forme de son nez à changer depuis, il me semble, qu'il était si je me souviens bien un peu en forme de bec corbin, mais rien de repoussant. Elle a réussi une vie remplie…fructueuse.

Un soir, au "Club", place du Château du Haut-de-Cagnes, un caveau. On y dansait, on y rencontrait du monde connu ou inconnu, on y discutait à perdre haleine, on y écoutait les derniers tubes à la mode. J'y suis allé de nombreuses fois et Serge appréciait les jeunes, nous y mettions une bonne et belle ambiance. Il était une figure du Haut-de-Cagnes. Ancien danseur du ballet du Marquis de Cuevas, il animait son club avec beaucoup de gentillesse et souvent je ne payais pas ou très peu.
C'est dans cette cave voutée où j'ai dansé avec frénésie un jerk ? Un twist ? un madison ? En la compagnie de Marie France Pisier... Elle était étudiante à Nice. Elle aussi très souriante pétillante et jolie femme. (Actrice, scénariste, réalisatrice, écrivaine.)

Ces souvenirs ne s'envolent pas de la mémoire !

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